Vous louez un logement et des fissures apparaissent sur les murs ? En tant que propriétaire non-occupant (PNO), votre assurance peut intervenir, mais la couverture varie fortement selon l'origine du désordre. Mouvement de terrain, retrait-gonflement des argiles (RGA), malfaçon ou simple vieillissement : tous ne sont pas indemnisables. Cet article fait le point sur ce que couvre réellement une assurance PNO face aux fissures, et sur les démarches à engager.

L'assurance PNO : à quoi sert-elle exactement ?

L'assurance propriétaire non-occupant (PNO) couvre un bien immobilier que vous mettez en location ou qui reste vacant. Elle prend le relais lorsque l'assurance du locataire ou celle de la copropriété ne suffit pas, ou n'existe pas. Depuis la loi Alur de 2014, sa souscription est obligatoire pour les propriétaires bailleurs en copropriété.

Concrètement, la PNO garantit généralement le bâti contre les dommages que ne couvrent ni le locataire ni le syndic : dégâts des eaux, incendie, catastrophes naturelles, responsabilité civile du propriétaire, et parfois les dommages structurels selon les options souscrites.

PNO et fissures : une couverture conditionnelle

Une fissure n'est jamais indemnisée « en tant que telle ». Ce qui compte, c'est l'événement à son origine. L'assureur cherche systématiquement à identifier la cause avant toute prise en charge. C'est pourquoi un diagnostic technique précis est souvent déterminant pour orienter l'indemnisation.

2014
Loi Alur : PNO obligatoire en copropriété
10 ans
Durée de la garantie décennale du constructeur
~54%
Part des maisons exposées à un aléa RGA moyen ou fort (source : Géorisques/BRGM)

Quelles fissures la PNO peut-elle couvrir ?

1. Les fissures liées à une catastrophe naturelle (Cat Nat)

C'est le cas le plus fréquent pour les fissures structurelles, en particulier celles provoquées par le retrait-gonflement des argiles. Ce phénomène, lié à l'alternance de sécheresses et de réhumidification des sols argileux, fait gonfler puis se rétracter le terrain sous les fondations, ce qui fissure les murs porteurs.

La prise en charge n'est possible que si un arrêté interministériel de reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle a été publié au Journal officiel pour votre commune et la période concernée. La garantie Cat Nat est automatiquement incluse dès lors que votre contrat PNO comporte une garantie dommages (incendie, dégâts des eaux, etc.).

Sans arrêté Cat Nat publié pour votre commune, les fissures dues à la sécheresse ne sont pas indemnisables au titre de cette garantie. Vérifiez l'historique des arrêtés sur le portail Géorisques (base GASPAR) et déclarez le sinistre dans les délais impartis après publication de l'arrêté.

2. Les fissures consécutives à un événement garanti

Si une fissure résulte d'un dégât des eaux, d'un incendie, d'une explosion ou d'un choc accidentel couvert par votre contrat, la PNO peut intervenir au titre de la garantie concernée. Là encore, le lien de causalité entre l'événement et la fissure doit être établi.

3. Les fissures relevant de la responsabilité d'un tiers

Travaux de voirie, chantier voisin, affaissement provoqué par des fouilles : si un tiers est responsable, votre PNO peut avancer l'indemnisation puis exercer un recours, ou vous orienter vers l'assurance du responsable.

Ce que la PNO ne couvre généralement pas

Plusieurs situations restent hors du champ de l'assurance PNO. Il est essentiel de les connaître pour éviter les mauvaises surprises lors d'une déclaration.

  • Le vice de construction et les malfaçons : ils relèvent de la garantie décennale du constructeur (valable 10 ans après réception) ou de l'assurance dommages-ouvrage, et non de la PNO.
  • L'usure et le vieillissement normal : les microfissures superficielles dues au temps ou au tassement naturel ne sont pas indemnisables.
  • Le défaut d'entretien : un assureur peut refuser la prise en charge s'il estime que le désordre découle d'un entretien négligé.
  • Le RGA sans arrêté Cat Nat : en l'absence de reconnaissance officielle, les fissures de sécheresse ne sont pas couvertes.
  • Les fissures préexistantes : celles connues avant la souscription du contrat.

Quelles démarches engager en cas de fissures ?

Documenter le sinistre sans attendre

Dès l'apparition de fissures, prenez des photos datées, mesurez leur largeur et leur évolution (un fissuromètre permet un suivi précis), et conservez tous les justificatifs. Pour un bien loué, informez le locataire et coordonnez la collecte d'informations avec lui.

Déclarer à votre assureur dans les délais

Pour un sinistre classique, la déclaration se fait généralement sous 5 jours ouvrés. Pour une catastrophe naturelle, le délai court à compter de la publication de l'arrêté au Journal officiel : ne le manquez pas, sous peine de perte du droit à indemnisation.

Faire réaliser une expertise indépendante

L'assureur mandate son propre expert, mais son objectif n'est pas toujours aligné avec le vôtre. Faire intervenir un expert fissures indépendant vous permet d'objectiver l'origine du désordre (RGA, fondations, structure), de chiffrer les réparations réelles et de négocier sur des bases solides, voire de contester une décision défavorable.

Ne lancez jamais de travaux de réparation avant le passage de l'expert mandaté par l'assurance : vous risqueriez de perdre toute indemnisation faute de pouvoir prouver l'état initial du sinistre. Limitez-vous aux mesures conservatoires d'urgence et conservez les factures.

PNO, locataire et copropriété : qui paie quoi ?

La répartition des responsabilités dépend de la nature du bien :

  • En copropriété : les fissures sur les parties communes (façades, structure de l'immeuble) relèvent de l'assurance du syndic. La PNO du bailleur intervient surtout sur les parties privatives et les éventuels manques de garantie collective.
  • En maison individuelle louée : les fissures structurelles relèvent de votre PNO ou de la garantie décennale si la construction est récente. L'assurance habitation du locataire ne couvre pas le bâti.
  • Vis-à-vis du locataire : en cas de fissures rendant le logement non décent ou dangereux, votre responsabilité de bailleur peut être engagée. Une réaction rapide est donc dans votre intérêt.

Bien choisir et lire son contrat PNO

Avant tout sinistre, vérifiez précisément le contenu de votre contrat :

  • La présence d'une garantie dommages incluant la Cat Nat.
  • Les plafonds d'indemnisation et les franchises (la franchise Cat Nat est légale et fixée par l'État).
  • Les exclusions de garantie, souvent détaillées en fin de contrat.
  • L'éventuelle prise en charge des frais d'expertise et de relogement du locataire.

Un contrat bien dimensionné fait toute la différence le jour où des fissures apparaissent. En zone à fort aléa argileux, cette vigilance est d'autant plus importante : consultez la carte d'exposition au RGA de votre commune sur Géorisques avant tout achat locatif.

📍 Vérifiez le risque argile de votre commune

Le niveau d'exposition au retrait-gonflement des argiles varie fortement selon les communes. Les zones les plus exposées en France concentrent l'essentiel des sinistres déclarés.

En résumé

L'assurance PNO peut couvrir les fissures de votre bien locatif, mais uniquement lorsqu'elles découlent d'un événement garanti : catastrophe naturelle reconnue, dégât des eaux, incendie ou fait d'un tiers. Le RGA, première cause de fissures graves en France, n'est indemnisable qu'avec un arrêté Cat Nat publié pour votre commune. Dans tous les cas, l'identification précise de la cause par un expert est la clé d'une indemnisation juste.

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