Quand des fissures apparaissent sur les murs d'une maison, le premier réflexe est de se tourner vers son assurance multirisque habitation (MRH). Mais beaucoup de propriétaires découvrent, dossier en main, que leur sinistre est refusé. La raison ? Des clauses d'exclusion souvent méconnues, qui limitent fortement la prise en charge des fissures. Comprendre ces exclusions est essentiel pour anticiper, bien déclarer son sinistre et, le cas échéant, contester un refus.
Ce que couvre (et ne couvre pas) une MRH classique
La multirisque habitation est un contrat polyvalent qui protège le logement contre des événements soudains et accidentels : incendie, dégât des eaux, tempête, vol, bris de glace. Les fissures, en revanche, ne constituent pas un risque assuré en tant que tel. Elles ne sont indemnisées que lorsqu'elles découlent d'un événement garanti par le contrat ou d'une catastrophe naturelle reconnue.
Concrètement, une fissure provoquée par un mouvement de terrain lié à la sécheresse (retrait-gonflement des argiles, ou RGA) relève de la garantie catastrophe naturelle, activable uniquement si un arrêté interministériel reconnaît l'état de catastrophe naturelle pour votre commune. Hors de ce cadre, la plupart des fissures sont considérées comme un phénomène lent, progressif ou structurel : autant de caractéristiques qui les font basculer dans le champ des exclusions.
Les exclusions les plus fréquentes
1. Le défaut d'entretien et la vétusté
C'est la cause de refus la plus courante. Les assureurs excluent les dommages résultant d'un manque d'entretien : gouttières bouchées qui infiltrent les fondations, drainage absent, végétation trop proche des murs. La vétusté du bâti est également opposable : un coefficient de vétusté peut réduire l'indemnité, voire l'annuler si le désordre est jugé antérieur au contrat.
2. Les phénomènes lents et progressifs
La MRH couvre l'accidentel, pas le prévisible. Une fissuration qui s'installe sur plusieurs années, par tassement différentiel naturel du terrain ou fatigue de la structure, est généralement exclue car elle n'a rien de soudain ni d'imprévisible.
3. Le RGA sans arrêté Cat Nat
Le retrait-gonflement des argiles est de loin la première cause de fissures structurelles en France. Mais il n'est indemnisable que via la garantie catastrophe naturelle, donc uniquement si votre commune fait l'objet d'un arrêté publié au Journal officiel. Sans cet arrêté, aucune prise en charge n'est possible au titre du RGA, même si l'expertise démontre l'origine argileuse.
Attention au délai : une fois l'arrêté de catastrophe naturelle publié, vous disposez généralement de 30 jours pour déclarer votre sinistre à l'assureur. Passé ce délai, l'indemnisation peut être refusée. Surveillez les publications sur Géorisques et le portail GASPAR.
4. Les vices de construction et malfaçons
Les fissures provoquées par une erreur de conception, des fondations sous-dimensionnées ou une malfaçon relèvent non pas de la MRH mais des garanties du constructeur : garantie de parfait achèvement (1 an), garantie biennale (2 ans) et surtout garantie décennale (10 ans). Si la maison a moins de dix ans, c'est l'assurance dommages-ouvrage et la décennale du constructeur qu'il faut activer en priorité.
5. Les dommages esthétiques
Les microfissures de surface, le faïençage d'un enduit ou les fissures de retrait du plâtre sont considérés comme des désordres esthétiques sans atteinte à la solidité. Ils sont presque toujours exclus, car ils ne compromettent ni la stabilité ni l'étanchéité du bâtiment.
6. Les travaux ou modifications du propriétaire
Une fissure apparue après l'ouverture d'un mur porteur, une surélévation non déclarée ou des travaux réalisés sans étude de sol peut être exclue au motif d'une aggravation du risque non signalée à l'assureur.
Pourquoi la distinction soudain / progressif est décisive
Tout l'enjeu d'un dossier d'indemnisation se joue sur la qualification du sinistre. Une fissure peut sembler être apparue brutalement après un épisode de sécheresse, alors qu'elle traduit un phénomène engagé de longue date. L'assureur, lui, cherchera à démontrer le caractère progressif pour appliquer une exclusion. À l'inverse, le propriétaire a tout intérêt à documenter le lien avec un événement précis et daté.
C'est là qu'une expertise indépendante prend tout son sens. Un expert fissures peut établir l'origine réelle des désordres, dater leur évolution (pose de jauges, fissuromètres), et rédiger un rapport opposable qui contrebalance les conclusions de l'expert mandaté par l'assureur.
Comment limiter les risques de refus
- Lisez vos conditions générales : repérez les clauses d'exclusion, les franchises (la franchise Cat Nat légale est fixée à 1 520 € pour l'habitation) et les plafonds.
- Déclarez vite : respectez les délais (5 jours ouvrés pour un sinistre classique, 30 jours après publication d'un arrêté Cat Nat).
- Documentez tout : photos datées, mesures de largeur, contexte météo, historique d'entretien.
- Vérifiez l'éligibilité Cat Nat de votre commune sur Géorisques et le portail GASPAR.
- Faites-vous accompagner par un expert indépendant en cas de doute ou de désaccord avec l'assureur.
Ne lancez pas de réparations définitives avant le passage de l'expert d'assurance. Des travaux prématurés effacent les preuves du sinistre et peuvent justifier un refus d'indemnisation. Limitez-vous aux mesures conservatoires (bâchage, étaiement) si la sécurité l'exige.
Que faire en cas de refus ?
Un refus n'est jamais définitif. Vous pouvez d'abord demander par écrit la motivation précise et la clause invoquée. En cas de désaccord sur les conclusions de l'expert, le contrat prévoit le plus souvent une procédure d'expertise contradictoire, voire une tierce expertise. Si le litige persiste, le recours au Médiateur de l'Assurance est gratuit. Pour les sinistres RGA, une contestation peut aussi porter sur la non-reconnaissance Cat Nat de la commune auprès de la préfecture.
📍 Vérifiez le risque argile de votre commune
Le niveau d'exposition au retrait-gonflement des argiles varie fortement selon les communes. Les zones les plus exposées en France concentrent l'essentiel des sinistres déclarés.
En résumé
La MRH n'est pas une assurance « tous risques fissures ». Vétusté, défaut d'entretien, phénomènes lents, vices de construction et RGA hors arrêté sont les exclusions les plus fréquentes. La clé d'une indemnisation réussie tient dans la qualification du sinistre, la rapidité de déclaration et la qualité des preuves. Face à un assureur, une expertise indépendante rééquilibre souvent le rapport de force.
Être rappelé par un expert fissures local
Gratuit · Sans engagement · Sous 24h · Données RGA transmises à l'expert